Relire Malraux et les autres
« Les Noyers de l’Altenburg », l’ultime roman d’André Malraux est un livre à retrouver lorsque l’on aime l’histoire, l’Alsace et finalement la rencontre des hommes et de leurs destinées. Son premier titre, « La lutte avec l’ange » aurait pu rester présent tant il permet de cheminer au côté de l’homme qui découvre la fraternité combattante ( la fraternité, ce thème essentiel de la Condition Humaine) et son apocalypse incarnée par le conflit lui-même. Peut-être chemine-t-il même par delà le bien et le mal, dans paysage nihiliste ?
J’aime d’ailleurs , là, à le comparer, dans un autre style aux Orages d’acier, le roman d’Ernst Junger.
Malraux, l’homme de la Brigade Alsace Lorraine traverse ici l’Alsace et une espèce de relation mystique le reliera d’ailleurs à notre région. Celle-ci est étonnante. Elle est particulièrement évoquée dans « Le Choix de Malraux », habilement sous-titré « L’Alsace, une seconde patrie », un livre publié par Robert Grossmann en 1997.
Pour Malraux, l’Alsace devient donc une patrie de cœur et l’on s’étonne ainsi de partager ce coup de foudre réciproque et de tenter de le comprendre. Malraux est finalement un esprit libre et combattant, un européen aussi …
En relisant Malraux, comme d’autres plumes des années 30, on se surprend à rêver d’une littérature sur riche et finalement si emplie d’idées et d’idéalisme. Où puisaient-ils tous cette foi, pour ce pas dire ces « fois » aujourd’hui disparues ou réduites. Ces plumes ne se contentaient pas de raconter des histoires, elles faisaient l’Histoire.
Plutôt que de relire Malraux qu'il me paraît incongru de comparer à Ernst Jünger, j’aimerai vous recommander "Il faut partir" de Dominique de Roux , la correspondance inédite de ce feu follet de talent qui traversa le siècle dernier , comme une flèche, dans les années soixante, pourfendant de sa plume le monde littéraire, phagocyté par Philippe Sollers et autres auteurs engagés de Saint Germain des Près. Défenseur de Louis-Ferdinand Céline et d’Ezra Pound, il fonda les Cahiers de l’Herne , la collection 10-18, où il fit connaître les auteurs maudits que la critique bien pensante avait voué aux gémonies du purgatoire littéraire.
Hussard, « Malraux » en anarchiste de droite , Dominique de Roux prit part également à la révolution des œillets au Portugal avec le général de Carvalho et fut le conseiller , en Angola, du maquisard antimarxiste, Jonas Savimbi , chef de l’UNITA. Foudroyé trop jeune , à 42 ans , Dominique de Roux, a consacré toute son énergie éditoriale et littéraire à batailler contre la médiocrité. Avec "Il faut partir" Jean-Luc Barré, directeur de collection chez Fayard, parachève sa courageuse entreprise de réhabilitation de Dominique de Roux, "le provocateur" , son ouvrage précédent , une biographie qui
ressemble à un roman d’aventures, l’aventure d’un écrivain hors du commun. A lire sans modération,à l’heure où tout est dans la frime médiatique, le paraître plutôt que l’être... !
Rédigé par: aguire | 29 avril 2008 at 08:26